Tout a commencé par du théâtre.
Et puis, il y les voyages, les errances, d'un lieu à un autre ou de nulle part vers partout.
Et puis il y a les rencontres, le couchsurfing, le stop, l'improbable, les lieux communs, les trouvailles dans les fossés des chemins.
Et tout finira, je l'espère, par du théâtre.

mercredi 29 juin 2011

L'intrus

L'ambiance à Nanterre était vraiment excellente, d'autant que le groupe était réduit. Ne restaient que les acteurs, dans l'ensemble, et j'ai bien sympathisé avec tout le monde. Une petite habitude très agréable s'est installé, j'arrive avec un peu d'avance, je fais du thé, je cause avec qui et là...

Mais voilà, à Bordeaux, c'est plus difficile. Déjà, parce que tout le monde est là, et donc des gens avec qui je n'ai pas encore vraiment parlé. Et puis tout devient plus sérieux, j'assiste à de vrais filages. J'ai peur de gêner, en même temps je suis content d'être là...je me sens, décidément, comme un intrus. Plus personne n'a le temps. Le stress monte. Difficile de ne pas regretter l'époque ô combien heureuse de la détente de Nanterre.

J'ai parfois l'impression que je ne suis autorisé à être là que parce que Wajdi ne veut pas revenir sur sa parole...et, il faut bien l'avouer, je suis le seul à être là sans rôle à jouer (mais je veux bien, moi, les porter, ces cailloux !!!)

Enfin bon, on s'en remet, de cette impression. On savoure la chance que l'on a d'être l'exception alors que personne n'a le droit de venir voir les répétitions. On savoure les poignées de main, les petites discussions attrapées au vol.

C'est tout de même bien bon d'être là.

dimanche 26 juin 2011

Synthèse magique

A Nanterre, après mon premier jour d'observation, les décors et le chœur sont partis à Bordeaux, et les répétitions avaient un côté minimaliste des plus appréciables : sans décors, sans costumes, sans musique, avec seulement quelques accessoires (chaises, bâtons...) Arriver à Bordeaux et voir les filages de chacun des pièces, jour après jour, est une expérience des plus intenses. Tout est là, le chœur, les costumes, le décors, dans toute leur magnificence. Les Trachiniennes avant-hier, Antigone hier soir, Electre ce soir. Il n'y a pas à dire, ça a de la gueule. Et décidément, Bertrand sait chanter...il suffit d'ailleurs de l'entendre parler de l'harmonica « You got the blues or you don't ». Il n'a jamais appris, bien sûr, et il en joue incroyablement bien. C'est, particulièrement pour moi, handicapé musical, rageant...

Et puis rien à dire, Sophocle, c'est puissant. Au sortir d'Antigone, on est déjà tout ébourlificoté (oui oui) alors imaginez en sortant de la trilogie.

C'est une évidence, mais prenez des places pour la représentation de Nanterre en novembre-décembre...

Je sais bien que je ne suis pas objectif ; je ne peux que trouver ça bien. N'empêche, quand je repense aux répétitions d'il y a une semaine...ah ils sont bons, ils sont beaux, ils sont forts...

Changement d'adresse

Alors voilà, je quitte Seb et Alex après deux nuits. Il était temps, parce qu'un appart' sous les toits de Bordeaux alors que la température va dépasser les 35°, c'est assez intenable. Mais sinon, c'était bien agréable !

Je me dirige vers l'appartement de Patrick Swale, qui habite juste à côté du théâtre, ce qui va me changer des quarante-cinq minutes de tram pour aller, ou revenir, des répétitions. Lui, c'est le père d'une amie d'un camarade de Lakanal, plan à l'origine assez obscur qui débouche sur quelque chose de très concret, et même de royal : j'ai une chambre à moi, avec un clic-clac ! Mais surtout, ce qui est sympathique, c'est que notre homme fait du théâtre (acteur et surtout metteur en scène) et que nos conversations sont fort riches. Il m'a déjà fait découvrir un auteur flamand, Michel de Ghelderode, et probablement d'autres d'ici la fin. C'est aussi un fan de Bertrand Cantat, et je vais donc lui prendre une place pour Les Trachiniennes mardi soir, histoire de le remercier.

En plus, on appartement est presque frais (par rapport à dehors veux-je dire) ce qui est des plus appréciable. Mais je ne plains pas de la chaleur, déjà parce que j'ai vingt ans, et que se plaindre du temps me fait sonner le triple, ensuite parce que j'aime le soleil, tout de même, et que je vais devoir m'en accommoder dans les prochaines semaines.

Tout comme il était amusant dans le train d'écrire sur mes voisines, il est amusant d'écrire sur Patrick alors que je suis à côté de lui. Il va dans la cuisine, parler au poulet en train de cuire avec une voix marrante, pas loin du Servietsky de South Park. Enfin voilà, je pense qu'on va bien s'entendre !

Guinness et sociabilité

Le couchsurfing est quelque chose de fort simple, les éléments de base étant le sourire et la bonne humeur. Si certains considèrent qu'il est de bon goût d'apporter un petit cadeau, d'autres estiment que c'est bel et bien du stop 2.1, version hébergement. C'est-à-dire qu'on vient, et la compensation, c'est discuter. Lorsque je suis arrivé, Seb m'a offert une pizza, et m'a dit que ce n'était pas le peine de participer pour les repas des deux jours à venir. A la limite, je lui paye une bière, mais c'est tout.

Nous en avons consommé, des bières ; il faut dire que le gaillard comme son colocataire Alex sont des aficionados des pubs, qui fleurissent d'ailleurs en grand nombre à Bordeaux. Vendredi soir nous nous sommes donc retrouvé au Dicken's, charmant pub en face de la Garonne dont les serveurs vous parlent en anglais lorsque vous entrez : peut-on rêver mieux ? Nous avons donc pris une Guinness, et longuement disserté sur la bière. J'ai fait partagé mon expérience de l'Irlande. En somme, mettez trois gars comme nous dans un pub, et la mayonnaise prend à coup sûr. D'une part, faire du couchsurfing, comme surfer ou comme host, signifie avoir un certain nombre de points communs qui permettent de laisser de côté les points divergents le temps du séjour. Notre meilleur point commun, serais-je tenté de dire, était la Guinness. Hélas, mes finances étant au plus bas, nous n'avons pas enchainé les pintes – hélas, trois fois hélas, malheureux que je suis, comme dirait un personnage de Sophocle. En revanche, nous avons payé à tour de rôle une tournée de « Baby Guinness ». Je vois arriver des shooters qui ont tout l'aspect d'un verre de Guinness, couleur et mousse blanche sur le dessus. Il suffit de mettre deux-tiers de Kalhua et de finir avec du Bailey's, et le tour est joué. C'est merveilleux, j'ai envie d'en commander une pinte. Mais bon, je me réfrène. Un jour, je viendrai chez des amis avec une bouteille de chaque...

samedi 25 juin 2011

Bord d'eau.

Ville de soleil et ville d'eau, voilà comme je vois Bordeaux (après vingt-quatre heures sur place, ce qui explique l'odieux raccourci).

Ville de soleil : je suis bien dans le sud. J'ai (trop) chaud, j'ai (presque) des coups de soleil et le paysage lui-même, les odeurs et les bruits, font « sud ». C'est agréable de retrouver cette ambiance après trois ans – eh oui ! Je n'ai pas mis les pieds dans le sud depuis trois ans.

Ville d'eau : la Garonne, impressionnante par sa largeur ; tellement marron qu'on pourrait croire que c'est un désert de terre ou de sable plutôt qu'un fleuve. Mais ville d'eau, aussi, par cette idée excellente : sur la place de la Bourse, face au cours d'eau, un espace sur lequel on brumise de l'eau sur une hauteur de quarante centimètres à peu près. Il y a donc une fine pellicule d'eau sur le sol, et beaucoup de gens, des bambins aux septuagénaires en passant par les beaux gosses qui se mettent torse-nu, profitent de ce lieu. L'idée est bonne, non ? Le « gaspillage » d'eau occasionné est d'ailleurs plutôt réduit, c'est une manière de faire plaisir et de rafraichir bien trouvée. [Je me suis renseigné : cela s'appelle le miroir d'eau, nom plutôt bien trouvé]

Alors même que j'écris ces lignes, à la terrasse d'un café-bd (voilà qui est aussi une bonne idée !) je vois passer au loin une dizaine de...allez, disons : hurluberlus, sur des échasses, avec chacun un bâton type perche de gondolier, et en costume...allez, disons : traditionnel, même si je n'en sais rien. Ils avancent au son d'une musique un peu militaire, flûte et tambourin... Cela a duré cinq minutes et m'a laissé bien perplexe.

Enfin voilà, tout ça pour dire que Bordeaux est plutôt sympa, jusqu'ici...

Cap au sud !

Je suis dans le train en direction de Bordeaux. Il est 10h27, je commence la rédaction de cet article sur open office. Et, grande nouvelle, je sais depuis hier soir où je dors ce soir ! J'ai enfin eu une réponse positive sur couchsurfing.com, après un bon nombre de demandes infructueuses. C'est un certain Sébastien, jeune étudiant de 24 ans qui m'accueille. Je ne resterai pas chez lui tout le temps, l'idée n'est pas de squatter pendant dix jours chez la même personne, mais de trouver d'autres âmes tout aussi charitables, et tout aussi sympathique (je l'ai seulement eu cinq minutes au téléphone, mais je considère déjà Sébastien comme sympathique). Le défi, c'est d'arriver chez lui sans encombre, de me poser et de discuter un peu, puis de me dépêcher d'aller au théâtre de Cenon : tant qu'à faire, autant éviter d'être en retard à la première répétition (14h). Wajdi m'a prévenu mercredi soir, je ne suis pas autorisé à assister aux répétitions de l'après-midi (il a invoqué un travail plutôt « intime » avec les acteurs) mais je pourrais aller voir du côté des musiciens et des techniciens, ce qui peut être tout à fait chouette ! Et puis il y a le filage du soir, qui sera bien sûr passionnant.

La question qui me taraude : si je ne suis pas là-bas comme j'ai dit que je le serai, est-ce qu'il vont s'inquiéter ? Se soucier de moi ? Enfin, je préfère y être que de m'en abstenir pour voir ce qu'il en est !

Parlons de mes voisines de train, puisque je manque d'inspiration pour continuer cet article. À côté de moi, une jeune fille lit L'écume des jours. Magnifique, ces rencontres de train. En face de moi, une fille – je ne sais pas pourquoi, j'ai envie de l'appeler Camille depuis tout à l'heure, il faudra que je lui demande (en fait elle s'appelle Florestine) – rousse et présentement endormie (on dort à tour de rôle, j'ai l'impression). Notre quatuor est complété par une femme qui lit des bouquins sur Bordeaux, du genre guides touristiques. J'aurais d'ailleurs eu un Routard sur la région si Gibert n'avait pas été en rupture de stock ! Tant pis, je me contenterai des hasards de la vie, qui me réussissent plutôt bien (hier soir je me suis épanché sur la question, d'ailleurs. C'est formidable, j'ai passé une soirée d'anniversaire improvisée à l'internat, avec des gens que je ne côtoie pas en général, et je me suis retrouvé là à manger des pâtes à la Bolognaise arrosées de rosé (héhé) en conversant de manière un peu décousue. Et vous savez quoi ? J'ai passé une très bonne soirée avec eux. Peut-être parce que c'était ma dernière à Lakanal après trois ans, mais une heure avant (cinq minutes avant même) je n'aurais jamais voulu la passer avec eux, cette dernière soirée ! Comme quoi...enfin, voilà pour cette parenthèse sur les hasards de la vie).

Bon, je commence à raconter beaucoup ma vie. Je n'aurais jamais du commencer ce blog. Saurai-je m'arrêter à temps avec d'écrire mon âge d'homme à moi ? Si ce n'est pas le cas, vous êtes autorisé à venir me raisonner, m'arraisonner, m'emgarainisoner (oui oui).


Première répétition

Je n'ai pas l'intention de vous raconter toute ma vie par le menu, d'autant qu'avec le retard, je ne parviendrai jamais à tout dire, étant donné que je vis beaucoup de choses chaque jour. Mais cette première répétition, il faut en parler. C'est la découverte d'un monde nouveau, par sa proportion et par l'émotion qui m'habite.

Lorsque j'arrive, avec vingt minutes d'avance (évidemment) je rencontre Samuel et Véronique. Il me disent bonjour, m'apparaissent fort sympathique – surtout Samuel, je n'ai jamais pu résister à l'accent québécois d'une main tendue. J'apprends qu'il est là depuis seulement deux semaines, il remplace Emmanuel au pied levé et doit apprendre trois rôles conséquent pour la première, qui se tient une dizaine de jours plus tard à Bordeaux. Un sacré défi.

Entrer dans l'atelier de Nanterre, c'est se confronter à un bordel monumental. L'espace est grand, et l'amas (y'a un mot mieux !!!) indescriptible d'objets qui s'amoncellent un peu partout n'en est que plus impressionnant. Ensuite, mes yeux se portent sur le décors, sur les gens qui s'affairent et à qui je dis bonjour, tout timidement. Au bout du compte, c'est bien vingt-cinq personnes qui se retrouvent autour d'une table !

J'essaie de tout voir, de tout entendre, de tout sentir. Les sens éveillés à deux cents pour cent je ne veux rien perdre de ce qui se passe, c'est la première que je me retrouve au milieu d'une répétition d'un spectacle de cette ampleur, avec des gens que jamais jusqu'à présent je n'imaginais pouvoir côtoyer (Wajdi Mouawad, Bertrand Cantat...et les autres qui pour être moins illustrent n'en sont pas moins d'excellents professionnels qui m'intimident). D'autant que dans mon esprit, tout ce beau monde part à Bordeaux le soir même. En fait, j'apprends que seulement les décors, le chœur de musiciens et l'équipe technique partent à Bordeaux. Wajdi et les acteurs restent jusqu'au mercredi. Lorsqu'il me dit « tu reviens quand tu veux », j'ai donc la certitude de les revoir, pour partie du moins.

Je ne m'attarderais pas sur le travail des répétitions, d'une part parce que ce blog prendrait des dimensions titanesques, et d'autre part parce que c'est un peu privé tout de même ce qui se passe là et que je ne vais pas divulguer comme ça la vie de tous ces gens. Voilà, c'est dit, je viens de fixer des règles de conduites pour ce blog qui n'en avait pas. Remarquez, je la transgresserai probablement, cette règle, sinon ce ne serait pas drôle...